Harcèlement scolaire : l'enfer dans les écoles

(image: Ouest France)

 

Jai décidé de faire part de mon expérience qui date désormais puisque c'était il y a 11 ans. Ce témoignage peut apporter de laide à tous ceux vivant l'enfer dans les lycées.

 

C'était il y a maintenant presque 12 ans. J'entrais en 3e dans une école privée catholique de la région ouest parisienne. Une scolarité médiocre, un mal-être ressenti depuis mon retour dArgentine, le sentiment de ne pas être à ma place. Des professeurs qui, au lieu de m'encourager, de me soutenir, menfoncent encore plus et me font redoubler une 4e.

 

Que j'étais bête à cette époque : à l'époque où, ma mère, dès la 5e voulait me sortir de cette école et me mettre dans un collège public. Je refusais catégoriquement, je venais à peine de me reconstruire après notre départ d'Argentine, perdre encore une fois mes amis était hors de question. 

 

Jusqu'à cette année de 3e... 

 

J'étais une élève timide, très sage (trop sage ?). Mes professeurs me reprochaient de ne pas participer en classe. Mais pourquoi participer quand je suis la cible de moqueries à cause de mes réponses ? Je préférais garder mon idée dans ma tête et ne la partager avec personne dautre. Et puis, mes camarades de classe trouvaient le fait que je ne parle pas bien français, bien trop drôle ! Après tout, c'est hors du commun de voir quelqu'un aussi peu à l'aise avec la langue française. 

 

Javais quelques amis dans cette classe, mais la plupart de mes vrais amis étaient déjà en 2nde. Mavoir fait redoubler, ma fait me sentir retardée, que quelque chose ne fonctionnait pas chez moi. Tout cela car je n'étais pas mathématicienne et que je ne voulais pas apprendre mes leçons. Mais j'avais dautres rêves, moi ! Je montais sur scène, jouais du Molière, me sentais vivante quand j'incarnais un personnage de théâtre.

 

Dans chaque classe, il y a toujours un groupe de filles dites "populaires" qui se croient être les reines du collège. Je me suis toujours éloignée de ce genre de personne, ne voulant aucun conflit, aucun incident diplomatique. Je voulais finir mon année scolaire tranquillement. Mais un beau jour, tout ceci a basculé... 

 

Je ne sais pas comment ni pourquoi, ces demoiselles se levèrent un matin avec l'envie d'inventer un mensonge qui détruira ma réputation et me fera partir de l'école. A un mois du brevet des collèges !

 

Ce matin, j'arrive à l'école, j'attends de pouvoir entrer dans la classe quand soudain, une personne arrive et me demande pourquoi j'ai dit à toute l'école que Tic et Tac (je les appelais comme cela tellement c'était ridicule) étaient des "putes", des "salopes" et qu'elles se payaient tous les mecs du lycée dans les vestiaires. Bien évidemment, je n'ai jamais dit cela. Je déteste les conflits alors pourquoi en créer un ? Je me retrouvai alors désemparée, devant la salle de classe, avec tous mes "camarades" me passant sous le nez et allant dans la classe.

 

A ce moment précis, je me rendis compte que j'avais tout perdu sans aucune raison : les quelques amis que j'avais, m'ont tourné le dos. Je me sentais de plus en plus seule. Et puis, les soirées devinrent horribles : je recevais des appels anonymes où j'entendais des gloussements, des insultes. Puis mon numéro fut diffusé sur des sites, je me retrouvai appelée par des anonymes qui voulaient "faire connaissance avec moi". Ces filles avaient décidé de faire de ma vie un enfer.

 

Et elles avaient réussi... 

 

J'en étais arrivée au point où j'en vomissais le matin, où je tremblais et avais peur d'aller à l'école. J'avais peur de voir mon téléphone sonner avec ce numéro anonyme, d'entendre les messages vocaux de leurs gloussements abrutis. J'avais peur de tout.

 

Ma mère a su que quelque chose n'allait pas. Elle me voyait dans mon renfermement. Il a bien fallu que je lui explique, pour qu'elle prenne les devants et enclenche les démarches pour me sortir de cette école. Elle ne savait que la partie submergée de l'ice-berg : l'histoire dans la cour de récré. Mais je ne lui ai jamais avoué les appels téléphoniques. La suite est que tout simplement, je suis partie faire ma scolarité dans un lycée public, et que j'ai directement tourné la page (j'en avais bien besoin !).

 

Et après ? 

 

Ce qu'il faut savoir c'est que lorsque l'on devient le bouc émissaire d'un groupe, nous finissons par douter de soi et croire que ce qui nous accuse est vrai. Nous entrons dans cette spirale de destruction de soi. J'ai fini par penser que c'était moi la fautive, qu'ils avaient tous raison de me tourner le dos. J'ai fini par croire leurs mots, leurs insultes, leur dires. Je n'étais qu'une bonne à rien, je ne réussirai jamais ma vie. Je serai perdue et finirai sous un pont. Là où ils brilleront par leurs carrières, je serai au bas de l'échelle.

 

Il m'a fallu quelques années pour remonter la pente et retrouver confiance en moi. Ma scolarité était toujours aussi médiocre au lycée, mais j'ai réussi à décrocher un bac littéraire sous les encouragements de mon professeur de littérature (qui ne m'a jamais laissée tomber). Aujourd'hui, les études sont terminées. Je suis un bac +5 en pleine recherche de mon premier CDI en tant que chargée de communication.

 

Le plus drôle ? 

 

Ma dernière remise des diplômes remonte à cette année. Je venais avec ma mère et mon frère célébrer ma dernière année de labeur en tant que jeune étudiante en communication publique et politique. L'heure de la cérémonie débute, nous nous avançons dans la salle. Et que vois-je ? Une jeune diplômée, entourée de ses proches dont... L'un de mes bourreaux !

 

C'était avec une immense fierté que je suis montée sur cette scène, sur mes hauts talons aiguilles, déterminée à recevoir mon diplôme. J'avais changé, je n'étais plus cette adolescente un peu bouboule, très garçon manqué, qui était victime de moqueries. J'étais une jeune femme qui recevait son diplôme face à son bourreau, et qui au fond lui disait : "Dégoûtée hein ? J'ai réussi, je serai bien plus haut que toi sur l'échelle. Sans rancune, hein !"

 

Voilà comment je me suis sentie. Libérée.

 

Un message d'espoir... 

 

Je veux vraiment partager cette expérience avec tous les collégiens/lycéens/parents d'élèves/enseignants, pour qu'ils comprennent que le harcèlement scolaire est un cas grave et sérieux. Dans mon malheur, j'ai eu la "chance" que les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, and co...) n'existaient pas. Je ne peux qu'imaginer l'enfer aujourd'hui, lorsqu'un enfant est harcelé. 

 

Ce que je souhaite vous dire (et je m'adresse plus particulièrement à toi si tu subis le harcèlement à l'école), c'est qu'il ne faut pas avoir peur den parler, il ne faut également pas avoir peur d'être différent des autres. Là où les bourreaux agissent en troupeau, tels des moutons, toi tu te démarques ! Comme ce petit poisson qui se construit tout seul : tu fais toute la différence. Et c'est en grandissant et en comprenant ceci que tu te sens guéri(e).

 

 

Courage à toi, si tu as besoin de parler, n'hésite pas à me contacter (contact@lemondedepearl.com

 

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